lundi 17 novembre 2008, 16:09

Microbes à l’hôpital : c’est la guerre !

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    Exclusif Infections nosocomiales, les vrais chiffres ! Voici le rapport sur les infections contractées en milieu hospitalier : 116 000 patients touchés chaque année !

    Juan Miralles


    Infections nosocomiales. Voici quelques années, ce terme était quasiment inconnu du grand public, alors que ses contours restaient flous pour une frange non négligeable du corps médical. Depuis, il est devenu une préoccupation majeure de santé publique, singulièrement en milieu hospitalier. C’est dans les hôpitaux, en effet, que sont contractées ces maladies infectieuses sans lien direct avec la pathologie qui a motivé l’admission. Une flopée de microbes en sont à l’origine, avec des conséquences potentiellement dramatiques.

    Afin de cerner avec précision l’ampleur du phénomène, le Centre fédéral d’Expertises des Soins de Santé (KCE) a conduit une étude de prévalence de ces infections dans notre pays. Un panel de 63 hôpitaux généraux (53 % du total des établissements) y ont participé sur base volontaire. Très précisément, 17 343 patients ont été évalués. Tous les services étaient concernés. L’enquête vient d’être bouclée. Nous sommes en mesure d’en livrer les résultats les plus significatifs, qui ne seront officiellement rendus publics que dans quelques semaines. Comme le prévoit son ordre de mission, le Centre d’Expertise soumettra dans le même temps une série de recommandations aux autorités publiques, aux médecins et aux gestionnaires d’hôpitaux, dans le but de prendre en charge la problématique avec davantage d’efficacité.

    Premier constat : 6,3 % des patients ont présenté un épisode d’infection nosocomiale. « Ceci nous situe dans la moyenne européenne », intervient le Dr Michiel Costers, spécialiste de ce dossier au sein du Service public fédéral (SPF) Santé publique. « En fait, les études internationales indiquent que la fourchette se situe entre 5 % – comme c’est le cas en France ou en Norvège – et 9 %, en Grèce par exemple. » Si toutes les unités doivent faire face à la problématique, les soins intensifs sont sensiblement plus exposés, avec un taux d’infections qui s’élève à 25,3 %.

    le Hit-parade des contaminations

    Globalement, comment se décline le hit-parade de ces contaminations ?

    – Infection des voies urinaires : 24 %. La transmission des germes est facilitée par la pose des sondes.

    – Voies respiratoires : 20 %. On recense une proportion importante de pneumonies et de grippes.

    – Plaies opératoires : 14,6 %.

    – Septicémies : 13,6 %.

    – Système gastro-intestinal : 12,5 %. Les enfants sont particulièrement touchés par le rotavirus.

    En ce qui concerne les microbes incriminés, les staphylocoques – dont le terrible staphylocoque doré – arrivent en tête, même si l’on note l’émergence croissante des bactéries dites “gram négatives multirésistantes”, en particulier les pseudomonas (à l’origine de pneumonies sévères).

    L’âge joue un rôle non négligeable, dans la mesure où les germes s’attaquent plus facilement – et en tout cas plus agressivement – aux enfants et aux personnes âgées, dont le système immunitaire est plus fragile. « Au demeurant, le vieillissement continu de la population laisse craindre que les infections nosocomiales, malgré les efforts entrepris pour les contrer, nous posent des soucis croissants », note le Dr Michiel Costers.

    Au terme de cette étude, qui se présente sous la forme d’une photographie, à un moment donné, de la situation, le Centre d’Expertise des Soins de Santé estime que les infections nosocomiales touchent chaque année, en Belgique, entre 103 000 et 116 000 patients hospitalisés. Quelque 3000 décès sont à déplorer.

    « Il est important que les patients soient conscients que 70 à 80 % des infections nosocomiales ne peuvent pas être évitées. Elles constituent un risque inhérent à la prise en charge thérapeutique », insiste le Dr Costers. « Ceci étant, des mesures peuvent être mises en œuvre afin de prévenir en partie la prolifération microbienne ». Cette approche repose sur trois piliers : une hygiène stricte des mains (désinfection) pour le personnel soignant, l’isolement des patients infectés, ainsi qu’un usage contrôlé des antibiotiques (lire par ailleurs). Les hôpitaux reçoivent d’ailleurs des budgets leur permettant de financer des campagnes d’information en leur sein, tout en développant des outils de prévention spécifiques.

    Ces infections prolongent en moyenne de quatre jours la durée d’hospitalisation. Les décès sont une dure réalité, tout comme les séquelles qui affectent un éventail important de patients. Une récente évaluation fait état d’un surcoût, pour la collectivité, de quelque 170 millions d’euros par an. « En sachant aussi que le phénomène, initialement identifié en milieu hospitalier, s’étend aujourd’hui notamment aux maisons de repos et de soins », met en garde Michiel Costers. On n’est pas au bout de nos peines.

     

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