lundi 17 novembre 2008, 11:42
Laurent Gerra, le serial rieur !
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PROPOS RECUEILLIS PAR
BERNARD MEEUS
Heureux qui comme Gerra a fait un bon spectacle ! Depuis la rentrée, il commente à nouveau l’actualité sur RTL radio. Autant d’occasions de se payer le scalp des politiques et autres stars “egodégradables”. Il s’y emploie aussi sur scène, en musique S.V.P., dans un spectacle qu’il a baptisé “Ça balance”. C’est tout dire !
À la ville, Gerra est un homme charmant qui abandonne toute férocité autour d’un moules-frites aux “Armes de Bruxelles”. Le Lucky Luke de l’humour tire plus vite que son ombre. Il a ses têtes de Turc qu’il flingue avec appétit. Ses cibles favorites sont connues : divas de la télé, des médias, chanteurs, ténors de la politique soudain moins fiers quand il s’occupe d’eux. Depuis vingt ans (lorsqu’il débuta avec son premier spectacle “Paf dans la gueule”), Laurent Gerra ne cesse d’opposer un rire salutaire à tous ces people, même si son humour vole fréquemment en dessous de la ceinture, même si certains le classent à droite. Lui s’en amuse et réplique !
Le spectacle s’appelle “Ça balance”. Est-ce que l’époque est propice à balancer, il y a du grain à moudre, non ?
Oui, oui plus que jamais ! En plus, ce mot est à double tranchant puisque je travaille avec un orchestre. J’ai vraiment l’embarras du choix de mes victimes, mes favoris restent les politiques.
Avez-vous l’impression d’être devenu plus féroce avec le temps ?
Peut-être. En tout cas, toute la liberté d’expression que j’ai pu avoir, j’en ai usé et abusé. En revanche, j’ai le sentiment que tout le monde est devenu assez politiquement correct. Quand je revois les émissions de Jacques Martin ou les sorties de Coluche, je crois qu’on se marre moins qu’avant. L’internet nous isole. Les références culturelles ont disparu ou se sont raréfiées. Pouvoir déconner, c’est aussi posséder une certaine forme de culture qui permet d’avoir des références.
Et la télé ? N’est-elle pas devenue un espace beaucoup plus surveillé aujourd’hui ?
Les gens sont devenus beaucoup plus procéduriers qu’autrefois. Le droit à l’image est mieux protégé, ce qui est paradoxal puisque tout circule sur le net de façon totalement incontrôlable. En revanche, en radio, je jouis d’une grande liberté, même si on reçoit quelques lettres parce que je fais le pape.
Quelles sont vos cibles préférées en ce moment ? Ceux sur lesquels vous avez vraiment envie de tirer parce qu’ils le méritent ?
Oh, on le mérite tous ! En fait, avec la crise, puisqu’on nous serine avec la crise, l’humour sert plus que jamais d’exutoire. Je remarque mon public aime bien les passages politiques. La satire politique a toujours bien marché parce qu’elle s’érige en contre-pouvoir. La télé comme autre thème fonctionne bien aussi car on est tout de même assez passif face au flot de conneries qu’elle nous inflige tous les jours. Je serais malheureux si je ne pouvais pas dire des conneries sur la télé ; pour moi, c’est mon antidote ! Mon ami Guy Marchand m’a un jour dit que j’étais une bouée de sauvetage au milieu d’un océan de bêtises.
Sarko, il mérite toutes ces flèches ?
Il figure en bonne place dans ma revue de presse matinale sur RTL. C’est tout dire… Un jour, j’ai sorti sur antenne que, pour sortir de la crise, il nous inventait une nouvelle taxe tous les jours et que, du coup, on l’appelait “Taxe-la-Menace” ! J’ai enchaîné en disant que la crise allait s’arrêter à nos frontières et que si elle passait tout de même, Brice Hortefeux (le ministre de l’Intérieur, ndlr) allait la raccompagner…
Pour vos 40 ans, vous aviez annoncé une année sabbatique. C’est tout le contraire au fond !
Je me suis offert huit mois durant lesquels j’ai été skier partout autour du monde, au Groenland, au Canada… La montagne est ma passion ; je fais énormément de hors-pistes. J’ai un chalet en Haute-Maurienne, à côté de la frontière italienne. C’est là que je me ressource.
Vous aimez la montagne parce que là-haut l’air est plus pur ?
Hé hé, je vous vois venir. C’est sûr… La montagne me fascine. Puis j’aime la nature, j’aime les plantes. Et j’aime marcher ! J’en reviens toujours regonflé à bloc avec des idées de nouveaux sketchs…
Au fond, la meilleure adrénaline pour vous, c’est l’actu ?
Quelle merveille, même si l’exercice est difficile ! Il faut être très réactif ; on ne peut plus lire la presse de la même façon. J’en discutais avec mes auteurs, Albert Algoud et Eric Laugerias, car nous sommes un trio de malfaisants. Le public aime qu’on détourne l’info. Il en est gavé toute la journée. Il se soulage à travers nous du parisianisme, des dîners mondains, et du caractère moutonnier des unes des journaux…
Parlez-moi un peu de Ségolène Royal, alias “Cruella, la dingo du Poitou” qui vient de gagner les primaires du P.S…
Je l’appelle la “Thénardier de la rue de Solferino” (le siège national du P.S. français, ndlr). Ou la mégère, mais c’est dans la bouche de Jack Lang. C’est toujours un homme politique qui en parle, pas moi. Moi, je n’ai pas à donner mon avis.
Vous ne portez pas le P.S. dans votre cœur ?
Ni le P.S. ni les autres partis. Et puis il faudrait m’expliquer les différences entre la droite et la gauche en ce moment. Moi, je ne vois pas… Du coup, quand on me demande de quel bord je suis, je ne sais pas quoi répondre…
Du bord de piste…
Exactement !…
À y regarder de près, les gens du show-biz ou du sport ne sont-ils pas plus faciles à croquer que les stars politiques ?
Je crois que les vraies personnalités sont moins nombreuses qu’auparavant. Il n’y a plus de Julio Iglesias, de Céline Dion, ou de Francis Cabrel, de Léon Zitrone commentant la nuit de noces de Charles et Camilla, ou de Jeanne Moreau… qui sont des anciens. Je dois les imiter ! Quant à la politique, il n’y a plus de Balladur ou de Marchais. En plus, Sarkozy occupe tout le terrain en permanence ! Il monopolise l’attention. Vous voulez, vous, une imitation de François Fillon ? Franchement ?
En Belgique, vous voyez quelqu’un ?
On m’a parlé de Daerden, mais je ne le connais pas bien. Je sais juste qu’il picole pas mal. Je pense que les imitateurs belges s’occupent déjà de lui. J’ai déjà assez avec les nôtres, mais c’est sûr que c’est un bon client. Il me fait rire en tout cas. Si j’ai bien compris, Michel Daerden saoul, c’est un pléonasme, non ?
Pensez-vous venger un petit peu le public à votre façon ?
Je ne parlerais pas de vengeance. On reste dans le domaine de la farce. Souvent, ils n’ont pas besoin de nous ; ils pataugent dedans… Ce que je sais aussi, c’est que, quand le public sort du spectacle qui est devenu très music-hall, il a la banane !
Aujourd’hui, vous flinguez en musique. Avant, vous flinguiez surtout la télé. Elle vous insupporte à ce point ?
Je n’ai pas de souci avec France 2 ou TF 1 mais je refuse d’aller sur Canal + car je n’aime pas cette chaîne. Ce sont des donneurs de leçon avec leur élitisme à deux balles. Des snobs, des bobos… J’ai le luxe de choisir les émissions dans lesquelles je veux aller et là, je ne serais pas à l’aise, dans cette espèce de branchitude.
Quel est le meilleur plateau à vos yeux ?
Le plateau de fromages ! Non, pour rester sérieux, Drucker oui, Sabatier oui pour “L’Aventure inattendue” récemment. Durand oui, les JT.
Je peux encore en avoir. Vous aimez le voyeurisme, vous ? L’info est aussi parfois un peu maltraitée, non ? Vous voulez savoir ce qui m’a le plus dérangé ? C’est de voir Ardisson maltraiter ses invités avec une brutalité totale ! Fogiel aussi, je ne le porte pas dans mon cœur, avec son côté tribunal. Pour moi, c’est un luxe d’aristocrate de les avoir comme ennemis. Autant en rire que de crier au scandale, c’est beaucoup plus fort. Ça fait du bien de déboulonner les statues. Mais au final, heureusement, je me suis fait plus d’amis à la télé que le contraire.
La Star Ac ?
Un élevage en batterie de faux chanteurs. On les voit jusque dans les chiottes. Moi, je suis de l’école du cabaret ; c’est là que j’ai appris mon métier.
Vous vous sentez une responsabilité en tant qu’humoriste ?
Vous rigolez ? Comme disait Léo Ferré, pour les messages, y a des facteurs. On n’est pas là pour ça. Je constate simplement que le public adore qu’on se foute de la gueule des politiques. On est un peu les porte-parole de la rigolade.
Qui sont les plus “moquables” ?
Ceux qui ont un trait de caractère : Roselyne Bachelot avec sa voix de contre-ut. DSK, Rachida Dati, Jospin avec son phrasé de prof. Jack Lang ! Cela dit, ils doivent avoir des nerfs d’acier pour faire ce métier : qu’est-ce qu’ils en prennent ! Mais ils reviennent. PPDA ! Qu’on n’a jamais autant vu que depuis qu’il ne fait plus le journal ; il manque de recul !
Et Carla Bruni ?
Elle est là, sur scène. Je fais du Fabrice Luchini qui lit du Carla Bruni en chanson : “Je suis ta tienne, je suis ton chrysanthème…”. Après Louis-Ferdinand Céline et son “Voyage au bout de la nuit”, place à Carla Bruni et son “Voyage au bout de l’ennui”.
Certains vous reprochent de beaucoup tirer en dessous de la ceinture : vous assumez ?
J’assume ! Vous savez, ma rubrique sur RTL devait s’appeler “Un doigt dans l’actu” mais la station n’en a pas voulu. Je mets toujours une petite dose, notamment quand je parodie Patrick Sébastien qui n’est pas mal dans ce registre. Vous avez entendu son album, “Je m’astique”, etc ? Je ne suis pas pire que la réalité.
Il sera en spectacle le 22/11 à Forest National avec les 19 musiciens du Fred Manoukian Big Band – 02-340.21.23.

