mardi 04 novembre 2008, 16:18
La Reine complètement tikkée !
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL À NEW DELHI EN INDE,
PIERRE DE VUYST
Après l'accueil peu chaleureux de la reine envers la presse lundi au Taj Mahal (lire l'article), la souveraine semblait revenue à de meilleures dispositions mardi matin, premier jour officiel de la visite d'Etat du roi Albert II en Inde. Le Belge monarque a été reçu avec tous les fastes requis ce mardi trois novembre au matin, jour pour jour vingt-cinq après sa seule visite officielle au pays de l'Eléphant, lors d'une mission économique qu'il présidait alors en tant que prince de Liège.
Dix heures du matin (heure locale, quatre heures et demi de différence avec la Belgique), la brume n'est pas encore levée sur le mirifique palais présidentiel de Rashthrapathi Bhawan. Elle reste accrochée aux multiples colonnades en forme de têtes d'éléphant. Sur les toits de l'immense édifice, des oiseaux se désaltèrent aux fontaines qui en marquent les angles. Dans la cour d'honneur de ce château exotique qui fut, au temps de la colonie, celui du vice-Roi des Indes, aux ordres de la Couronne britannique, un interminable tapis rouge a été déroulé, alors que deux rangées de soldats en grande tenue et représentatifs de toutes les armées indiennes, viennent s'aligner, parés pour la traditionnelle revue des troupes. Des coups de canon retentissent. La présidente de la République indienne, Madame Pratibha Devisingh Patil, accueille chaleureusement le couple royal à sa descente d'une limousine allongée. Le Roi se dirige ensuite vers la petite coupole sous la laquelle il entendra les hymnes nationaux interprétés en live par un orchestre militaire local tous cuivres dehors. Ensuite, il passe les troupes en revue, inclinant la tête de temps à autre lorsqu'il croise un officier au salut impeccable.
Deuxième partie du programme, Raj Ghat, le lieu sacré où le Mahatma Gandhi a trouvé la mort, abattu par balles près de Birla House, à New Delhi, par un certain Nathuram Godse, un hindou radical lié au groupe extrémiste Hindu Mahasabha. Godse tenait Gandhi responsable de la partition de l'Inde et par là de son affaiblissement. Il l'assassinera donc dans le jardin de cette vieille maison construite sur les rives de la Yamuna. Comme le prince Philippe en 2005, le Roi a déposé une gerbe devant le monument élevé à la mémoire du plus grand homme du sous-continent, une sainte icône là-bas, un mémorial qui porte l'épitaphe Devanagari ou Oh Dieu en Indi, les dernières paroles généralement attribuées au Mahatma agonisant.
Le Roi a continué son périple officiel par un long entretien avec le Premier ministre indien Singh, de confession Sikh, à Hyderabad House, le palais d'Egmont local. Ensuite, il a assisté aux conclusions d'un séminaire économique belgo-indien et à la signature de quatre accords économiques entre des entreprises et institutions des deux pays (dont Janssen Pharmaceutica).
La Reine, quant à elle, a endossé le volet social de la visite en se rendant dans les locaux de l'association Cansupport, qui apporte information, aide et soins palliatifs aux personnes atteintes de cancer, la quatrième cause de mortalité en Inde. C'est à cette occasion qu'elle a reçu le témoignage traditionnel de bienvenue en Inde, un collier de fleurs au parfum lourd et entêtant, ainsi qu'un tika. Ce troisième il qui symbolise la sagesse et la connaissance dans la culture hindoue. Porté par les enfants lors de la fête de Dashain au Népal, il célèbre la victoire des Dieux sur les Démons. Mais en Inde, considéré initialement comme un symbole religieux, le Tika est aujourd'hui davantage vu comme un porte-bonheur dessiné à base de poudre de santal.
Ce mercredi, des visites de temples sont au programme du couple royal, avant l'envol de la délégation vers Mumbay, mieux connue sous son ancien nom de Bombay, la plus grande ville d'Inde et la sixième agglomération du monde avec ses 18 (officiellement) à 25 (officieusement) millions d'habitants, dont un bon paquet d'intouchables non répertoriés. De l'émotion en perspective, à découvrir prochainement sur ce site.

