mercredi 05 novembre 2008, 00:56
Au cœur de la Maison Blanche !
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PIERRE DE VUYST
Comme l’Elysée à Paris, la Maison Blanche est à la fois le bureau et la résidence du Président des Etats-Unis d’Amérique. Elle symbolise tout autant le gouvernement et l’administration des Etats-Unis que le peuple américain tout entier. Elle en fait la fierté, tout comme elle se brandit en paratonnerre des foudres populaires. C’est toujours devant “White House”, au 1600 de la Pennsylvania Avenue à Washington DC (District de Colombia), que les manifestants signifient leur mécontentement vis-à-vis de l’une ou l’autre politique fédérale. Certains s’y métamorphosent, toute l’année durant, en hommes-sandwichs pour leur bonne cause…
Un corps à habiter, deux ailes pour travailler
Décidée par le premier président des Etats-Unis, George Washington, en 1791, mais achevée pour son successeur, John Adams, au tout début du 19e siècle, la Maison Blanche a connu moult transformations en deux siècles d’existence (lire par ailleurs), même si aujourd’hui encore, George Washington, lui-même, identifierait aisément la façade Nord (donnant sur Pennsylvania Avenue). Mais la Maison Blanche s’avéra rapidement trop petite. Déjà préoccupant à l’époque de la guerre de Sécession, le manque de place devint criant, à l’aube du XXe siècle, sous l’ère de Théodore Roosevelt qui comptait une famille de six enfants et aussi bon nombre de collaborateurs. Le Président décréta un agrandissement sérieux des lieux. En 1902, le corps de logis principal a été flanqué de deux ailes, dont une bonne partie se retrouve en souterrain, la partie centrale ayant été édifiée à l’origine sur une colline. Cette dernière se devait de rester la résidence exécutive du chef de l’État ainsi que le théâtre des réceptions officielles et diplomatiques. Les ailes ont donc été plus particulièrement vouées à devenir des espaces de travail.
Les secrets du bureau Ovale
L’aile Ouest (West Wing) accueillit dès lors le nouveau bureau du président qui, en 1902, se trouvait… au centre de cette aile, un espace aujourd’hui connu sous le nom de “Roosevelt Room”. Après l’incendie de cette aile à Noël 1929 et sa complète reconstruction, son homonyme le président Franklin Delano Roosevelt choisit de s’installer dans une pièce de coin donnant sur la roseraie et configurée en… ovale. Le Bureau Ovale était né. Il est sans doute devenu le bureau de chef d’État le plus célèbre du monde, même si, dans les faits, le bureau exécutif du Président se trouvera plus tard dans un immeuble voisin, appelé aujourd’hui le “Old Executive Office Building”. La Première Dame a pu, quant à elle, établir ses quartiers professionnels dans l’aile Est.
Un squelette de béton et d’acier renforcé, un abri antiatomique
Le complexe présidentiel tout entier bénéficie de solides rénovations en 1948 lorsqu’Harry Truman faillit voir le piano de sa fille passer au travers du plancher d’une des chambres de la vénérable demeure principale. Les façades en brique et en grès d’Aquia des débuts étaient en piteux état, sans parler des structures internes en bois. Pendant deux ans, la Première Famille doit émigrer en face à Blair House, l’actuelle et très confortable résidence des hôtes du président (lire par ailleurs), le temps que la Maison Blanche soit entièrement désossée de l’intérieur pour pouvoir se reposer désormais sur un squelette d’acier et de béton. Si elle a été rhabillée et regarnie presque à l’identique, ses rénovateurs n’ont pas omis de l’équiper des dernières technologies de l’époque, dont la climatisation et un abri antiaérien en sous-sol. Depuis, chacune des First Ladies a mis de sa petite touche personnelle pour décorer ou restaurer les salles historiques et plus usuelles, alors que la demeure a été régulièrement adaptée à la modernité (il y a même des panneaux solaires sur les toits !) Ainsi, les murs, portes et fenêtres ont été revêtus des blindages les plus perfectionnés, alors que le Secret Service, en charge de la sécurité du chef de l’État, dispose pour ce faire des moyens de surveillance et de protection sans doute les plus pointus de la planète. L’abri
antiaérien de la moitié du 20e siècle a, quant à lui, fait place à un bunker antiatomique de dernière génération, sécurisé et étanche (!), trouvant place dans les sous-sols de l’aile Est. Dans ce véritable blockhaus rebaptisé “Centre opérationnel d’urgence présidentiel”, le Président peut à loisir, en cas de crise très grave, diriger ses troupes, mener ses petites guerres, voire… décider de faire sauter la planète. Pour l’anecdote, c’est là qu’ont été se réfugier le vice-Président Dick Cheney et la secrétaire d’État Condoleezza Rice lors des attentats du 11 septembre 2001. En déplacement en Floride, le président Bush a immédiatement pris l’air à bord d’Air Force One avant de “se planquer” sur la base aérienne d’Offurt dans le Nebraska, dans le bunker de l’United States Strategic Command.
Si le complexe de la Maison Blanche se révèle une forteresse inexpugnable de 5000 m2, il était aussi le bâtiment le plus visité des Etats-Unis (un million et demi de visiteurs annuels), juste devant Graceland (une autre maison blanche qui abrita autrefois un dieu du rock qui avait toujours la banane…), avant que les attentats du 11 septembre fassent chuter ces chiffres. Aujourd’hui, le touriste n’y pénètre plus qu’en groupe, sur rendez-vous et après enquête de sécurité poussée.
Une serre sur un toit brûlant
Mais, de toute façon, au fil de leur parcours de visite très balisé, les touristes chanceux ne peuvent découvrir que les pièces historiques de l’édifice, celles qui servent pour les cérémonies d’apparat et autres événements exceptionnels. Jamais ils ne visiteront les quartiers ultraprivés de la Première Famille, sis aux deuxième et troisième étages de la résidence exécutive. Un véritable appartement disposant de plusieurs chambres, dont la chambre du président flanquée de son dressing, mais aussi les historiques chambres Lincoln et Queen’s Room, les chambres d’amis du couple présidentiel pour des proches décidément bien veinards !
On y trouve aussi une salle à manger ultra-privée où les Carter ont reçu à dîner l’acteur Kirk Douglas, les Ford préférant y convier quant à eux la reine d’Angleterre pour un dîner informel… tout de même très guindé. Dans la cuisine attenante, les Clinton aimaient, paraît-il, prendre leur breakfast en famille. Bill y regarda même plus d’une fois des matches de base-ball et de football en compagnie de ses majordomes !
Le troisième étage de l’édifice central, qu’on pourrait qualifier de penthouse, invite résolument au délassement. Il dispose, outre d’une terrasse extérieure plein-sud (faisant même d’ailleurs le tour du bâtiment), d’un solarium, d’une serre, de quelques chambres, d’un salon de musique et d’une salle de billard !
Une salle de cinéma et une piste de bowling
Mais les présidents sont des grands sportifs, c’est bien connu. De sa petite foulée agile quoique curieuse, l’adepte du jogging quotidien qu’est Nicolas Sarkozy ne nous dira pas le contraire. Les présidents américains disposent d’une piste de jogging dans le parc privé de la Maison Blanche, mais aussi de courts de tennis, d’une piscine extérieure, et d’une piste de bowling pour les soirées de détente à accompagner de bière en bouteille et… de bretzels.
Pour gagner son bureau, la First Lady passe par les colonnades Est qui accueillent la salle de cinéma privée du président. Pour atteindre le Bureau Ovale, ce dernier doit, quant à lui, emprunter les colonnades ouest qui accueillent les fondations de la piscine de Roosevelt, sur lesquelles se trouve désormais la célébrissime salle de presse de la Maison Blanche, théâtre des allocutions télévisées du président quand il ne peut les faire en plein air.
A deux pas du Bureau Ovale, dont elle n’est séparée que par le local des secrétaires présidentielles se trouve le Cabinet Room, la salle du conseil du gouvernement,
Les crises classiques, le Président les gère de la Situation Room, située en sous-sol de l’aile Ouest et dotée de tous les moyens de communication et de téléconférence. Il y réunit ses plus proches conseillers. C’est là que John F. Kennedy géra la crise des missiles soviétiques à Cuba en 1962.
Sous le Bureau Ovale se trouvent les quartiers des services secrets, donc il est protégé partout, même en sous-sol !

