samedi 08 novembre 2008, 05:31
Albert II élégant jusqu’au bout des orteils !
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DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL À MUMBAI EN INDE
PIERRE DE VUYST
Juste en face de la Porte des Indes en partie cachée par des échafaudages, l’hôtel Taj Mahal de Mumbai fait dorer fièrement au soleil les crénelures de ses tours et tourelles. Ce cinq étoiles constitue sans doute l’un des palaces historiques les plus intéressants de la planète, pour son emplacement et son architecture datant de l’âge d’or de la Bombay coloniale, alors joyau des joyaux de la Couronne britannique. Ce matin du vendredi 7 novembre, le Roi a pu découvrir dans cet endroit fabuleux les arcanes de l’empire Tata, ce conglomérat multinational basé à Mumbai, la plus grande entreprise privée indienne qui pose son emprise sur la planète, au travers de ses 98 compagnies actives dans sept secteurs différents, comme les hôtels (dont le groupe Taj Mahal Hotels), les communications, la production d’eau ou de thé. Mais surtout la construction de voitures au travers de Tata Motors qui produit la voiture la moins chère du monde, mais qui est aussi devenue propriétaire des marques Jaguar, Land Rover et Daewoo. Le Roi a assisté à la signature entre l’entité Tata Steel de ce groupe si puissant et l’entreprise belge CMI (Cockerill Maintenance et Ingénierie) pour la construction de six coulées à froid à haut rendement destinées à l’usine métallurgique de la ville indienne de Jamshedpur, avec une capacité de roulement annuelle de 2 200 tonnes.
L’après-midi était consacrée à une activité culturelle, la visite d’un temple jaïn, de cette religion traditionnelle appelée jaïnisme, qui date de la plus haute antiquité, mais qui est, avec 4 millions de croyants, la plus petite des dix religions principales du monde. En Inde, les jaïns sont omniprésents en économie et en politique. La ville d’Anvers compte elle aussi une forte communauté jaïn, de près de mille personnes, actives dans le secteur du diamant. On le sait en effet, depuis quelques années, les Indiens se sont placés en concurrents directs des diamantaires de confession juive dans la fabrication des pièces de bijouterie courantes. La communauté jaïn a d’ailleurs l’intention d ’ouvrir en juillet de l’année prochaine un temple jaïn à Wilrijk, dans la banlieue anversoise, pour renforcer encore sa présence en Belgique.
Les jaïns croient que tout être vivant (de la salade à la mouche en passant par la baleine et… l’homme) est intégré dans un chemin de spiritualité qui vise à l’élever, au cours de multiples vies (jusqu’à 500), au rang de Dieu. La pureté de l’âme s’obtient au travers du renoncement personnel, de la paix de l’âme et du corps, de la méditation, de la prière et d’un respect de règles de vie. Ainsi les jaïns respectent toute vie, même le plus misérable et vicieux moustique !), ils ne portent donc pas de cuir (provenant d’un animal tué), sont végétariens (pourtant, le cri d’une salade peut-être atroce pour qui sait l’entendre…) Le Roi et la Reine ont pu rencontrer dans ce temple de Mumbai un moine de 75 ans, saint homme depuis l’adolescence, qui n’a d’ailleurs pas touché l’électricité (Claude François aurait dû être jaïn), une femme ou un bébé depuis lors, Dieu sait pourquoi…
Le Souverain ne sort jamais sans son chausse-pied
Puisque le couple royal a décidé d’honorer les principales différentes cultures religieuses de l’Inde, le Roi et la Reine doivent se plier aux rites et aux règles immuables de ces cultes. Première règle : enlever ses chaussures. Le monarque et son épouse ont donc reçu des chaussettes pour arpenter les différentes pièces de ce bâtiment fascinant, où les statues d’éléphants représentent des dieux, comme le raconte le plafond du dôme de l’édifice, qui détaille les différentes étapes du chemin de spiritualité. Au terme d’une passionnante plongée dans cette culture très apaisante, les Souverains ont donc dû remettre leurs chaussures. Les Jaïn avaient prévu une petite main pour ce faire, un homme muni d’un impressionnant chausse-pied. « Pas la peine, lui signifie le Roi d’un geste, j’ai le mien », lui montre-t-il et voilà notre Albert II sortir de sa poche un discret petit chausse-pied mais non moins efficace pour glisser d’un geste sûr ses royales extrémités dans de jolis mocassins griffés Berluti, l’illustre bottier centenaire de la rue Marbœuf à Paris. On est gentleman jusqu’au bout de l’orteil ou bien on ne l’est pas !
La Reine a, quant à elle, remis ses jolies chaussures à talons plats, pratiques pour la marche et surtout à enlever et remettre à tout bout de champ. Des chaussures, en provenance de la maison Natan, comme le reste de son ensemble du jour. On le sait, elle a bénéficié des conseils d’Edouard Vermeulen pour sa garde-robe de voyage en Inde. Du Natan très confortable pour les visites de terrain, de l’Armani pour les tenues plus habillées, notamment lors des dîners officiels.

